Récits de voyages

Le village perché (Chili)

Nous cherchions désespérément les traces d’une piste dans cette vallée perdue. La Toyota s’étouffait un peu par le manque d’air. Nous avions passer les 4500m et pensions trouver un passage un peu plus haut dans la vallée.

Le froid, la fatigue et le manque d’air nous poussèrent à planter notre bivouac. Le soleil commençait à se coucher sur un paysage féerique, vierge de toute âme.

Pourtant je remarquais quelques cumulus similaires à ceux que j’avais découvert tout au long de mes voyages sahariens. Des hommes avaient vécus là, à plus de 4800m, peut-être pour venir chercher ces pierres volcaniques noires, si denses, qu’ils pourraient tailler pour faire de magnifiques outils, ou de très belles armes.

A mes pieds, un magnifique racloir taillé dans la masse, je m’abaissais pour remercier les esprits du lieu devant cette œuvre d’art sculptée avec finesse et délicatesse.

Le soir devant le feu, le village perdu nous avez accueillis. Je fis une offrande pour remercier les esprits des lieux et la Pachamama. La nuit fût longue et froide, le maque d’air était dur à supporter mais le dôme étoilé au dessus de ma tête m’invitait à la révérence sur ce toit du monde.

4800 lettres ça caille, J’en perd mes mètres !

La danse des SAN

La traversée du Parc Kgalagadi en plein Kalahari avait été riche en émotions.

A présent je me dirigeais vers les montagnes sacrées où vivent encore quelques tribus SAN.

Depuis longtemps il me tenait à cœur d’assister à leur danses tribales, réunions de petits hommes singuliers, rythmées par le claquement de mains et de chants aigues des femmes autour d’un grand feu.

Je fus accueillis dans un petit village et fus présenté au vieux chamane. Un vieil homme ridé, tout petit, mais qui dégageait une grande force respectueuse.

La nuit venue, le feu crépitait et les jeunes danseurs s’apprêtaient pour leur parade. Ils portaient à leurs chevilles des petites calebasses attachées entre elles, remplies de petites graines qui dégageaient un son rythmés, à chaque pas appuyés sur le sol poussiéreux.

Comme des coqs, les jeunes tournèrent plusieurs fois autour du feu sous le chant des jeunes femmes qu’ils essayaient de séduire.

Puis, la puissance des vibrations dans le sol annonçait l’arrivée du vieux chamane avec son bâton, entrant dans la danse.

Comment un si petit corps, âgé de surcroit pouvait-il dégager autant de puissance ?

Le physique à lui seul ne suffisait pas, des forces invisibles devaient certainement l’accompagner.

La cérémonie dura une partie de la nuit avant de s’arrêter définitivement.

Je me réjouissais alors d’avoir assisté à cette parade préhistorique où mon esprit c’était perdu dans les tréfonds du temps, où la beauté sauvage de ces tribus primitives prenait tout son sens.

La vallée des indiens

Il fait chaud, cela fait maintenant plus d’une heure que je marche dans ce paysage minéral aux teintes multiples. Un vent chaud et sec épousant le relief siffle le long des crètes du canyon. Le soleil me brûle la peau ; elle commence à craqueler sous l’effet du vent chargé de poussières.

Cet endroit est vraiment désertique. Pourtant ici la vie existe, de nombreuses traces de chevaux sauvages partent loin dans le canyon.

Plus loin, derrière un buisson se cache un tatou, un petit animal tout droit sortit de la préhistoire, à mi-chemin entre le rat, la tortue et je ne sais quoi d’autre?

Soudain, il me plais d’imaginer que le temps c’est décalé de quelques milliers d’années.

Et me voilà dans ce monde perdu à la recherche des premières traces de l’humanité. Ici la nature règne en maître : le vent, la pluie, l’érosion, forment et sculptent la montagne.

Au plus fort du soleil, je m’abrite dans un petit renfoncement creusé à même la roche. Là je remarque quelques éclats de silex. Un racloir, plus loin une hache polie en granite.

Elle épouse parfaitement ma main, mes doigts. Je ne peux m’empêcher à cet instant d’imaginé la scène. La chasse a été bonne. Une indienne commence à découper l’animal, enlever la peau avec le racloir. Cette fourrure servira pour les longs mois d’hiver. Puis l’animal est coupé en quartier avec la hache.

Le vent commence à faiblir, le soleil rougeoyant se cache derrière les montagnes, le feu crépite. Les chants indiens prennent alors tout leur sens.

Ce soir la vallée des indiens danse sous une pluie d’étoiles qui brillent de milles éclats.

La piste interdite

Le patrol que j’avais acheté pour partir sur la piste algérienne était formidable. C’était un 3,3L ; 6 cylindres turbos, qui avait un couple sans équivalence.

Le moteur était à peine roder et nous voilà parti, insouciant, dans notre jeune âge. Nous voilà sur la piste interdite entre El goleà et Hassi bel Guebbour au Sud du grand Erg Oriental.

La piste était belle, souvent jonchée de troncs pétrifiés témoignant une végétation luxuriante de l’époque des dinosaures.

A l’époque, les GPS n’existaient pas et notre seul repère était la piste, la boussole et une carte Michelin.

D’après nos calculs, il nous restait environ 40km, quand après une petite pause, le patrol ne démarra plus. Il lui fallait 24V pour démarrer et une des batteries 12V avait lâchée. Impossible de démarrer.

Nous étions là, tout seul, au milieu du désert, emprisonnés par notre seul excès de confiance.

40km à pied en plein désert, c’était faisable, c’était la seule idée qu’il nous fallait garder à l’esprit et se l’encrée durant la nuit.

Au petit matin, avant le lever du soleil, nous partions, sac à dos rempli de bouteilles et quelques granits pour une journée pleines de doutes.

Les kilomètres s’ajoutaient doucement et péniblement devant un paysage toujours identique, les dunes se ressemblaient et l’impression de faire du sur place nous hantait.

Au milieu de la journée, le soleil nous plombait et l’air nous séchait le gosier, l’eau devenait notre seul salut.

Nous étions sûr d’arriver bientôt à Hassi Bel Guebbour. La nuit commençait à tomber, et au sommet d’une dune, elles étaient là, les lumières d’une petite habitation.

« Encore 10km ! » me dis Alain, confiant.

L’accueil chaleureux d’italiens venus concasser des cailloux dans le fin fond de l’Algérie nous libéra, d’une fatale agonie.

Soulager enfin par un petit couscous presque royal, une bière locale, et un lit improvisé digne d’un 5 étoiles.

Je fermais les yeux et tombais aussitôt comme une crêpe, nos ronflements résonnaient dans le silence de la nuit.

Sur la piste d’Anakao

Nous étions partis de TULEAR avec un petit Suzuki 4×4 que j’avais loué à TANANARIVE.

Mon chauffeur, que j’avais été obligé de prendre avec la voiture, s’appelait Jazz.

Il était joyeux, et fredonnait tout le temps sur des chansons malgaches de Milly CLEMENT, joyeuses et entrainantes. Il dégageait une belle énergie positive.

La piste fut très longue et périlleuse jusqu’à ANAKAO, un petit village de pêcheurs perdu dans le sud de l’île.

Plusieurs fois, la boue nous aura collée le petit Suzuki sur son chassi, et la délivrance ne fut venue qu’avec l’aide des villageois. Ils nous fallut à présent traverser la forêt pour rejoindre le petit village d’ ANAKAO.

Je m’inquiétais un peu car des conflits entre le Nord et le Sud de Madagascar avaient lieux fréquemment.

La misère, dans ces petits villages était le lot quotidien, et les brigands de chemins sévissaient régulièrement.

La piste de la forêt était bien balisée, pas très roulante mais le petit Suzuki était léger et passait presque partout. Jazz était au volant, quand soudain j’entendis des cris,

Ils étaient là !!

Une petite poignet d’hommes torse nu, courants vers nous avec leurs lances acérées.

Je les voyais se rapprocher dangereusement de nous. La piste était bloquée par quelques troncs d’arbres.

« Vas-y Jazz fonce !! »

Le sang froid de Jazz lui permit de contourner le gros tronc et de rouler sur des branches plus petites.

Tout ce passa très vite, et le petit Suzuki avait déjà distancé nos attaquants.

Une heure après nous étions à ANAKAO, au bord de l’Océan Indien et sur un couché du soleil bienveillant, après tant de péripéties nous savourions enfin ce petit moment de grâce.

Le cri du léopard

La nuit tombait et nous avions pris un arbre comme refuge dans le bush pour monter notre bivouac.

Nous avions, Alain et moi, chacun notre couchage, lui dans la Toyota où il avait aménagé un douillet petit couchage, et moi dans la tente de toi overland dépliée en cinq minutes.

Au loin, la faune sauvage se dessinait encore derrière les derniers rayons du soleil.

On distinguait encore les zèbres et leurs rayures et quelques gazelles dispersées;

Comme tous les soirs devant le feu, les images de la journée et la beauté des lieux sauvages nous remplissaient le coeur.

La fatigue était là et il était temps pour nous de plonger dans le royaume des songes.

Dans la nuit, comme souvent, mon sommeil s’interrompu dans le silence pesant du bush. Au loin quelques cris de fauves resonnant puis plus rien, le silence absolu.

Soudain, brutalement , le silence de la nuit fut déchiré par le cri incroyablement puissant du fauve.

Il était là, à quelques mètre de moi, je le sentais, son cri rauque me traversa le corps et mon sang se glaça.

Il rugissait plusieurs fois, je pris aussitôt la dague qui dormait toujours avec moi et ma petite lampe. Mon coeur battait la chamade mais j’étais partagé entre ma curiosité et une grande peur.

Je pensais qu’il ne viendrait pas m’attaquer dans ma tente, mais je n’eu pas le courage d’allumer ma lampe pour le voir.

J’étais terrifier. Le silence reignait désormais. La nuit redevenue calme et le sommeil m’emporta.

Au petit matin, je priais Alain qui n’avait rien entendu de faire attention, en allant faire son trou en plein bush, son papier à la main pour seule défense.

La bête était partie et ce petit matin radieux annonçait une autre belle journée remplie d’aventures.

Rêve d’Icare

La puissance du moteur, fit vibrer son coeur.

L’imposante carlingue aux deux ailes venait de passer au dessus de sa petite tête.

Le petit garçon fut émerveillé par cette image qu’il garda en tête, jusqu’à réaliser lui aussi, son rêve d’Icare.

Ce petit garçon était mon père qui admirait mon grand-père, pilote mécanicien de l’époque sur un Hanriot Sanitaire. A sa retraite, mon père acheta les plans d’un Jodel D18 et se mit en tête de le construire dans son petit garage.

Il y passa deux années à coller minutieusement sa carlingue en bois de pin d’Oregon et de bouleau de Norvège , qu’il entoila par la suite. Je lui prêtais la main modestement pour la mécanisation du moteur et de toutes les tringles.

Il avait réaliser son rêve et volait comme ses idoles disparues, Mermoz, Blériot, St Exupéry, son père.

Plusieurs fois, je partagerais cette étroite carlingue avec lui, sillonnant les airs, prenant un peu de hauteur sur cette terre, pour découvrir une échelle différente des paysages et de leurs reliefs.

Voler en toute liberté dans un espace aux trois dimensions devenait un plaisir.

Cela dura plus de 20 ans avant le crash de son D18 à la fare les oliviers. Il s’en tirait alors miraculeusement avec quelques égratignures.

Malgré cela les écrits de St Exupéry continuaient de me faire rêver.

Je voulais à mon tour survoler les dunes du Sahara. Le parapente commençait à peine à se développer, c’était pratique, léger, facile à emmener dans un 4×4. Idéal pour nos expéditions sahariennes.

Après quelques stages laborieux de l’époque, nous voila au pied de l’erg de Tifernine, en plein coeur du Sahara Algérien. Dunes parmi les plus hautes du pays. Tour à tour nous nous élancions du somment pour réaliser notre rêve.

Ce fut pour nous des moments intenses, magiques, intemporel, irréel, gravés pour toujours dans notre coeur comme un cadeaux des dieux. Un rêve d’Icare.

Hanriot piloté par le grand-père

Construction du Jodel D18

crash du D18

Peur dans la forêt

J’étais arrivé à l’entrée du parc National de W au Niger.

Le vieux Land Rover que j’avais récupéré non sans mal au port de Lomé, avait tenu bon malgré la chaleur suffocante qui régnait aux portes du Sahel.

C’était une voiture que j’avais repéré chez un client, professeur de sciences érudit qui avait passé une grande partie de sa vie aux îles Vanuatu.

Il avait gardé dans le petit village d’ensues la Redonne ce vieux Land que j’avais pu avec ma collection de pièces détachées, facilement réparé.

Aujourd’hui, il était à l’autre bout du monde. Il devait me tenir jusqu’à Gadoufawa, une région en plein désert Saharien où l’on avait découvert récemment un cimetière de dinosaures à ciel ouvert.

A l’entrée du parc W je fut obligé de prendre avec moi un jeune guide.

J’étais pressé de voir les éléphants et les hippopotames.

Et le Land Rover s’enfonça dans la forêt. Je roulais doucement sur la piste et essayais d’écouter ou de voir le moindre animal.

Rien !!

Le forêt épaisse de chaque côté nous fermait la vue. Je dus m’arrêter car devant nous, un petit éléphanteau venait de traverser la piste.

Aussitôt le guide me mis en garde, et le ton de sa voix devenait de plus en plus inquiétant.

La mère était là !!

Je me souviens alors du cri de détresse du guide qui me supplia de faire marche arrière.

Je fis craquer la boite de vitesse, pendant que l’énorme mère nous chargeait, les oreilles repliées, son énorme trompe s’imposait devant notre petit Land.

Elle était là, à quelques mètres de nous, petit homme en sursis.

J’étais à fond en marche arrière et le moteur, vibrant de toute part, avait tenu bon.

Cela dura quelques secondes avant d’être vraiment en sécurité et à bonne portée.

La mère s’arrêta et disparue dans la forêt pour rejoindre son petit.

Rien n’a été plus intense dans ma vie que ca moment là.

Seulement quelques secondes.

Terre de feu

Le grand silence règne à présent.

Je m’enfonce dans la forêt , m’enivre de ses senteurs de sous-bois, et me réjouis de toutes ses couleurs.

Assis sur un tronc d’arbre, je profite d’un rayon de soleil capricieux passant à travers les branches remplies de lichens.

Comme un animal, mes sens primitifs s’éveillent quand un troupeau de guanacos passe devant moi.

Ils ne m’ont pas vu, je fais corps avec la nature.

Les couleurs de la foret passe du jaune au rouge. C’est un régal pour l’œil.

Les cris stridents de quelques perroquets vert volant en formations rapprochée viennent se rajouter à la beauté de ces terres australes.

Ici, les peuples indiens vivaient en harmonie avec la nature avant d’être tous exterminés jusqu’aux derniers.

Les colons anglais se sont emparés de ces terres indiennes, on chassés les guanacos, pour élever les moutons, l’or blanc de l’époque.

Ce fut alors l’élimination quasi totale avec un acharnement sordide du peuple indien.

Quelques familles de colons formèrent une société féodale en terre de feu, et imposèrent leurs violences cruelles.

Femmes et enfants seront abattues par centaines. Une récompense macabre de quelques pièces contre quelques mains rapportées.

Un peuple entier a disparu, emporté par la folie meurtrière de ces colons ivres et aveuglés par le gain.

Reste aujourd’hui l’âme de ce peuple et sa beauté sauvage.

L’avion perdu

« Prends à droite, me lança Alain ! »

Nous cherchions désespérément un passage pour traverser un des nombreux Oued, qui serpentait le long de la Montagnes Bleue.

Cela faisait plusieurs heures que nous cherchions un début de piste, ou même quelques traces qui pourraient conforter notre cap.

« Tu as vu ? dit Alain »

Quelque chose au loin, brillait anormalement. Nous étions enfin rassurés car cela ne pouvait être qu’un véhicule.

La piste serait donc là, pour nous libérer. Il était temps car malgré les 200 litres d’essence emportés, la jauge penchait dangereusement. Ce vieux Land Rover  était devenu assoiffé. Il lui fallait toujours plus, presque 25 litres pour 100km et plus dans le sable.

Fini de tourner en rond nous étions sauvés, pourtant en nous rapprochant de plus en plus, je compris avec les jumelles que ce point de bougeait pas.

Cela ressemblait à un bus abandonné, mais en plein désert, cela devenait impossible. Le soulagement fût aussitôt balayer par notre surprise. C’était bien ça, un avion s’était craché en se posant sur le ventre.

Je reconnus alors un vieux Bimoteur Beech Craft D18 de l’après guerre, témoin de l’ancienne occupation coloniale française.

J’ai aussitôt pensé au pilote qui a dû attendre plusieurs jours les secours. Plus tard, quelques vielles traces effacées nous ramenèrent sur la piste.

Le soir devant les braises rougeoyantes et sous un ciel étoilé de mille feux, je ne pus m’empêcher de penser aux vols de St Exupéry, aux courriers sud, au petit prince.

Je lâchais prise et mon esprit s’envola de dunes en dunes jusqu’aux bras de morphée.

Terres de Mystère

Le temps s’est arrêté, ici je suis à l’aube de l’humanité.

Pas à pas, la terre me livre ses secrets. Je marche sur ses contrées encore inconnues, et ne peut m’empêcher en tombant sur ces traces encore fraiches, de voir au loin, derrière un léger mur de brouillard, inondant la vallée mystérieuse, se dessiner au loin, ces grands lézards maîtres de l’ancien monde.

Oui cette terre est mystère.

Patagonie

Les empreintes du Draa

Le long de cette côte tortueuse, découpée, arrachée par l’océan, je marchais libre, l’air remplis d’embruns parfumés.

Elles étaient là, encore là après plus d’un million d’années.

Un homo-sapiens était passé là, à la poursuite d’autres animaux piégés dans ces marécages.

Mon pied s’accordait au millimètre sur ses empreintes. Alors je ne pus m’empêcher de rêver aussitôt à ces chasseurs cueilleurs et à leur scène de chasse.

Témoignage magique de nos ancêtres préhistoriques au pieds nus sur cette terre sacrée.

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La Garet El Djenoun

Dans la chaleur du matin, les étuves d’essence se mélangeaient à la poussière de mon vieux Land Rover.

C’était un vieux pick-up de l’armée hollandaise vibrant de toutes ses pièces lorsqu’il fallait faire rugir ses quelques chevaux fatigués.

Assis sur les deux réservoirs, mon compagnon de voyage et moi, toujours en quête de sauvages étendues, étions avec notre seule boussole, à la merci de ce vaste désert.

Au loin la Garet El Djenoun se dessinait comme un repère pour nous guider.

Ces vastes étendues réveillaient en nous le sentiment d’une grande liberté et nous guider vers une belle et insouciante sérénité malgré les aléas mécaniques de notre vieux chameau à essence.

Elle était là, majestueuse, mystérieuse, cette Garet, comme pour nous inviter dans son royaume.

Gardienne des génies, les touaregs en avaient peur et la respectaient.

En fin d’après-midi, la lumière commençait a s’adoucir et le soleil entamait sa courbe délicate, il était temps, avant que le froid nous saisisse, d’entacher notre bivouac au pied de la grande dame.

Le silence était maître de tout, seul crépitait le petit feu qui faisait danser les ombres des génies de la montagne.

Sur la piste du lendemain, au loin, la Garet était toujours là, nous saluant d’un trait d’arc-en-ciel, coiffant sa tête comme une révérence.

J’arrêtait mon vieux chameau bruyant pour immortaliser l’instant et remercier les génies de nous avoir accueillit dans leur magique royaume interdit.

Le phare du bout du monde

Je me rempli les poumons de cet air vivifiant.

Au loin, un rayon de soleil perce les nuages pour venir éclairer maintenant, le petit port d’Ushaïa.

Le vent glacial me fouette le visage, me picote les mains. Un cormoran de Magellan jouant avec le vent , profite des rafales. Au large se devine le Phare du bout du monde entouré d’une myriade d’oiseaux.

Je ne cesse d’être surpris par cette vie sauvage où chaque animal a trouvé sa place.

Les phoques cohabitants avec des centaines de cormorans. Au bord de ces ilots, flottent d’énormes algues qui prennent leurs racines dans les profondeurs de l’océan.

Un petit phoque couché près de sa mère entrouvre l’oeil, un autre se gratte, d’autres aux abords de l’île plongent, font des pirouettes, se saluent.

Ici la vie semble paisible, harmonieuse. Le bateau rentre, laissant derrière moi toutes ces images gravées dans mon esprit.

Dans les embruns parfumés de l’océan, un rayon de soleil, éclaire au loin le Phare du bout du monde.

Tan tan plage et son Ryad

Le thé fumait encore sur la terrasse qui dominait les écumes de l’océan.

Le cris des mouettes se mélangeaient avec le souffle puissant des vagues. J’avais réalisé ce rêve de bâtisseur qui m’animait depuis 10ans, ce rêve d’Orient, cette finesse d’architecture, de piliers, d’arcades, de zelliges, de couleurs.

Tout me paraissait beau dans cette vieille maison de pêcheur. La lumière et l’énergie se mélangeaient, un thé vert à côté d’un jus d’orange pressé et quelques cornes de gazelles parfumées à la fleur d’oranger. Quelques enfants jouaient sur la plage d’où venaient de partir quelques surfeurs bravant les vagues.

La fumée et les odeurs de poissons grillés caressaient mes sens, réveillant mon instinct primaire d’homo-sapiens.

J’étais tout simplement là, pleinement là, proche du bonheur, à me laisser surprendre par la beauté du moment.

PENTAX Image

La plage aux tortues

La journée fut dure, la piste aussi., la chaleur éprouvante. Mon corps tiraillé par les secousses du 4×4 m’amena à chercher un bivouac.

La piste suivait la côte sauvage et découpée d’Oman. De temps en temps, une petite plage aux eaux turquoises venait illuminer ma route.

La prochaine serait pour moi,

Je m’arrêtais sur cette petite plage désertique au sable fin, ébloui par la blancheur de ses eaux cristallines et turquoises.

Au loin, une dizaine de dauphins chassaient en groupe organisés.

Je préparais mon petit feu de bois, pendant qu’au large, la petite boule de feu rougeoyante déclinait lentement, laissant sa trace sur l’océan, comme un coup de pinceau sur ce tableau de maître.

Mon petit feu crépitait dans la douceur d’une belle nuit étoilée. Devant moi le souffle des tortues de mer perçait le silence de la nuit et se perdait au loin dans le ressac régulier des vagues.

Dans le calme de cette nuit, sur ces côtes d’Arabie, les algues fluorescentes brillaient de mille feux sur les arêtes des vagues.

Je restais là, ému par la beauté des lieux, dans cette Arabie heureuse.